A bord de KAMAK dans le Hornstrandir
Où commence l’aventure ? En Islande, il suffit de louer la voiture à l’aéroport, de rouler quelques kilomètres pour remonter la péninsule de Reykjanes et passer la petite capitale Reykjavik, et nous y voici. Les vertes étendues de l’Islande nous entourent sous un ciel atlantique, c’est-à-dire en mouvement permanent, et nous nous enfonçons on ne sait pas bien où. Encore les premières heures de route font-elles la part belle aux lignes droites auxquelles nous sommes tant accoutumées.
Mais dès que l’on atteint le village de Hólmavík, après avoir roulé plein nord, il est temps de mettre le cap à l’ouest, et ce sont pas moins de six fjords longs et étroits qu’il s’agit de longer, piquant au sud puis repiquant au nord sur 10 à 15 kilomètres pour ne gagner qu’un ou deux kilomètres vers l’ouest. Le bout du monde se mérite !
Mais voici enfin Ísafjörður, chef lieu de la province des Fjords de l’Ouest. C’est là que KAMAK nous attend tranquillement au mouillage. Dorénavant, nous ne nous déplacerons plus qu’avec lui, et à pied.
Dès le premier jour, nous mettons le cap au nord, traversant le large bras de mer qui sépare la bourgade d la péninsule du Hornstrandir, ultime langue de terré déchiquetée avant le détroit de Danemark et le Groenland. Penchés sur les cartes, nous pensons voir un passage qui nous permettrait, débarquant sur le rivage sud de la péninsule, de nous élever jusqu’à son échine perchée à 600 m et de redescendre de l’autre côté. KAMAK, lui, fera le tour, et l’on gardera contact par VHF si le passage se révèle impossible, ou trop scabreux, pour que le bateau revienne nous récupérer.
Mais non, sur la crête, nous distinguons un passage assez sûr dans la pente rocailleuse qui descend sous nos pieds. Nous avons quitté les dernières sentes il y a déjà longtemps ; nous nous fions à notre lecture du terrain pour nous guider.
Les derniers escarpements désescaladés, nous voici dans une vaste prairie à l’herbe drue et au sol spongieux. La mer est tout au fond, et c’est déjà le détroit de Danemark, dernier obstacle avant la grande île groenlandaise. Nous finissons par ôter nos chaussures et par terminer pieds nus, jusqu’à la plage où l’annexe attend pour nous ramener à bord. Il est l’heure de sécher les affaires et de prendre l’apéritif avec l’équipage sur le pont arrière, confortablement calé dans la banquette, à regarder voltiger les sternes arctiques ou marsouiner les macareux.
Le lendemain, nous approchons par la mer les grandes falaises noires du Hornstrandir, tours déchiquetées plongeant à pic dans l’océan. Un sentier monte et longe le bord de la falaise dans l’herbe drue. Un renard arctique nous fait des visites insistantes ; les derniers passants ont du être généreux.
Nous sommes à l’extrême nord-ouest du monde européen, si tant est que nous y soyons encore. Il est temps de rebrousser chemin et de cingler par bonne brise vers le sud, où l’Islande étend des doigts crochus vers le ponant.
Là encore, ce terrain se prête à débarquer dans un fjord et à marcher jusqu’au suivant pour s’y faire récupérer, mais la sauvagerie du Hornstrandir est déjà atténuée par la présence de quelques fermes et de leurs moutons, ou de pimpantes maisons fraîchement repeintes de leurs couleurs vives.
Ce n’est pas pour autant que les rembarquements soient toujours faciles : tout dépend de la configuration du site et de la présence ou non de la houle qui ballotte l’annexe. Mais l’aventure et l’exploration se conjuguent toujours avec le confort retrouvé tous les soirs, la nourriture revigorante préparée par l’équipage sous toutes ses formes, et la chaleur du carré le soir (le soir ? non, car il ne tombe pour ainsi dire jamais à cette époque de l’année : la lumière décline, voila tout) après le repas où sont échangés histoires et souvenirs.
Et puis, l’Islande comme KAMAK proposent d’autres activités que la marche : les kayaks de mer sont de sortie par un jour de temps calme, et les bains chauds à proximité de la mer sont activement recherchés sur les cartes !
Si toutes les bonnes choses ont une fin, il n’est pas nécessaire qu’elles soient simultanées. Une fois débarqués de KAMAK pour de bon (jusqu’au prochain voyage…), il est toujours possible de prolonger son séjour islandais par des moyens plus classiques, en louant un van pour explorer le Landmannalaugar, les îles Vestmann et tous les trésors de l’île de glace et de feu !